De la “démobilité” subie à la mobilité frugale et heureuse

Après s’être projetés sur le monde souhaitable de l’après Covid-19, approfondissons une première question : quelles seront les répercussions à court et moyen terme de la pandémie sur la manière dont nous nous déplacerons ? C’est une question que se posent sans nul doute les collectivités qui organisent la mobilité sur leur territoire et disposent de compétences multiples capables d’influer sur les pratiques de déplacement.

Après cette période de « démobilité » vécue, mais qui a pu être aussi bien subie que désirée, plusieurs évolutions possibles peuvent changer la donne en matière de mobilité. Un retour à la case départ avec la domination du « tout voiture » (part modale de plus de 70 % pour les trajets domicile-travail) n’est pas souhaitable au plan environnemental, mais aussi économique si on considère les effets de la congestion. Il est néanmoins tout à fait probable, d’autant plus que les effets anxiogènes de la crise couplés à une dégradation du niveau de service des transports collectifs, a pu amener de nouveaux adeptes vers la voiture confortés, par le retour de la communication du secteur automobile. Nous pouvons aussi imaginer que de nouvelles pratiques transitoires en temps de crise, comme le vélo (oublié en début de confinement comme moyen de déplacement du quotidien, puis rétabli par le Conseil d’État avant de devenir l’étendard national du déconfinement), se pérennisent, voire s’amplifient.

En matière d’achat, plusieurs options se présentent : nouvelle accélération du e-commerce, renouveau des commerces de proximité apparus bien utiles et parfois plus agiles, ou encore leur combinaison. D’autres transitions déjà amorcées, comme le télétravail ou la télémédecine, pourraient s’accélérer après une découverte pour certains, une confirmation et une invitation à poursuivre le mouvement pour d’autres.

Le confinement a pu également générer des frustrations qui ont éveillé de nouveaux désirs pour la vie d’après, notamment en matière d’habitat individuel et de qualité de vie en mode confiné. Enfin, cette période inédite a pu inviter de nombreuses personnes à l’introspection sur le monde, les limites de notre modèle de développement et la recherche d’autres modes de vie, moins frénétiques et plus en phase avec notre environnement.

Pour les collectivités territoriales, plusieurs enjeux apparaissent clairement. En premier lieu, la capacité de poursuivre leurs efforts pour favoriser une mobilité durable, à l’heure où les recettes commerciales des transports collectifs ont chuté brutalement, et la fiscalité dédiée à travers le versement mobilité risque de souffrir durablement selon l’ampleur des conséquences économiques à venir. L’attractivité résidentielle et la maîtrise de l’étalement urbain, avec un décalage entre les orientations d’aménagement et les attentes fortes héritées du traumatisme du confinement, sont aussi en jeu. L’attractivité touristique, l’aménagement des zones économiques et commerciales sont aussi requestionnés comme la redynamisation des centres villes déjà au cœur des préoccupations.

Que pourraient, alors, faire les collectivités territoriales pour limiter les effets négatifs d’un retour à la « normale » et saisir les opportunités de changement ?

Certaines collectivités ont tenté de profiter de l’espace-temps disponible pour engager des initiatives d’accélération des mobilités actives à travers les « coronapistes », la période de rupture des habitudes étant toujours un moment clé pour engager le changement. Mais plus globalement, et pour ne pas subir, il semble nécessaire de trouver un meilleur équilibre entre les modes selon les zones territoriales et les distances à parcourir et d’accompagner de nouvelles pratiques de démobilité, qui seraient désirables et qui pourraient être facilitées avec l’appui des collectivités. Accompagner le tissu économique et les administrations à organiser les bonnes conditions de télétravail massif, développer des « hubs » multiservices bien répartis pouvant constituer de nouvelles polarités pour les activités et l’habitat en zone urbaine et périurbaine ou avec des formes adaptées à l’espace rural.

Les collectivités peuvent aussi aménager l’espace en trouvant le bon équilibre entre la densification nécessaire et la demande de qualité de vie, de nature en ville, de lieux aussi agréables pour la rencontre que pour « cultiver son jardin » familial, ou encore animer un réseau local de proximité autour de commerces, d’équipements et de services. Engagé par certaines collectivités, le maillage du territoire en véloroutes à haut niveau de service, décentralisé et associé à des aménagements d’apaisement des centres-bourgs pourrait enfin participer à la nouvelle attractivité de ces derniers en les connectant aux métropoles par des liaisons douces.

En somme, les collectivités ont de nombreuses cartes en main, pour ne pas subir les conséquences de la crise et construire un lendemain meilleur !

Folco Laverdiere, Mathilde Tempez et Frédéric Despinasse,
Élèves ingénieurs en chef pour l’Association des ingénieurs en chef territoriaux (IngéChef)

Article écrit dans le cadre de notre partenariat avec Weka qui en a assuré la diffusion sur son site internet

https://www.weka.fr/actualite/urbanisme/article/de-la-demobilite-subie-a-une-mobilite-frugale-et-heureuse-104869/

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Après la crise du Covid-19, ne cherchons pas un retour à la normale

Article publié par notre partenaire Weka

Après la crise du Covid-19, ne cherchons pas un retour à la normale

Crédit photo : Folco Laverdière (élève ingénieur en chef territorial de la promotion Rachel Carson)

Cette tribune fait partie d’une série de contributions de la troisième promotion des élèves ingénieurs en chef territoriaux, futurs cadres dirigeants des collectivités locales, à la réflexion prospective post-crise du Covid-19, et qui feront chacune un focus sur un sujet particulier.

Ne cherchons pas un retour à la normale : il ne peut pas et ne doit pas y en avoir

En chinois, le mot “crise” s’écrit 危机 (wēijī), combinaison de “danger” ( 危 ) et d’“opportunité” ( 机 ). L’opportunité que nous offre cette crise, c’est de préparer le monde de demain. Un monde qui aura lui aussi sa normalité, mais une normalité nouvelle et différente de la précédente.

Souhaiter le “retour à la normale” d’avant, ce serait manquer cette opportunité. Ce serait renoncer à la chance d’anticiper l’inéluctable transformation de nos sociétés ; ce serait lui préférer l’illusion que nous pourrions revenir en arrière… jusqu’à la prochaine crise, car soigner les symptômes n’élimine pas les causes. Ce serait préférer le danger.

Si nous ne changeons pas, cette crise n’aura été que l’annonce de celles qui la suivront, plus graves. Un coup de semonce que nous aurons ignoré. Nous nous sommes déjà trop entêtés à ignorer les avertissements précédents : autres épidémies, crises financières, impacts du dérèglement climatique contre lequel nous étions pourtant avertis depuis plus d’un demi-siècle.https://b8e8872c459aedae1f09dd0ef451170a.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Les secousses que ces crises avaient fait subir à nos sociétés n’avaient pas réussi à nous réveiller, à nous sortir de notre léthargie. Sans action de notre part, ces crises nous imposeront leur nouvelle normalité, sûrement plus désagréable. Pour ne pas subir demain, il nous faut choisir et agir aujourd’hui.

Il nous faut changer le logiciel avec lequel nous concevons nos sociétés. Lorsque les pannes de notre véhicule se rapprochent en fréquence et gagnent en gravité, même si nous arrivons encore à le dépanner au bord de la route après 1 heure les mains dans le cambouis, ne jugeons-nous pas qu’il est temps de faire les travaux qui s’imposent ou de le changer ? Ou attendons-nous encore et encore la prochaine panne pour comprendre ? N’attendons pas plus. Cela fait déjà trop de décennies que nous nous atermoyons.

Ce changement, qu’il soit voulu ou subi, sera multi-échelle, de l’individu aux grands ensembles internationaux. Au milieu de cette échelle, les collectivités territoriales doivent elles aussi accélérer leur mutation, et ce de manière d’autant plus impérieuse qu’elles correspondent aux bassins de vie de nos citoyens, à un nombre important de services essentiels, dont un effondrement même temporaire ne serait pas une option acceptable, que leur résilience est un impératif.

Le confinement était propice à l’introspection et la rêverie et nous avons rêvé le monde de demain. Mais les rêves échappent rapidement à notre mémoire une fois réveillés et alors que le quotidien absorbe notre attention. Pour ne pas en perdre la mémoire, il nous faut les coucher sur le papier. C’est ce qu’il nous faut faire maintenant : noter nos rêves, mais aussi approfondir les idées qu’ils contiennent pour qu’ils deviennent actions maintenant que la chape du confinement qui contenait nos énergies se lève.

Cette pandémie a illustré que ces défis ne nous attendent déjà plus et qu’ils ne peuvent être surmontés sans le pragmatisme de “ceux qui font” ; que face à eux, nos sociétés tiennent “ensemble”, et non pas en laissant certains pour compte.

Ami lecteur de cet article, emporte avec toi cette citation qui résume l’attitude nécessaire : “Les pieds sur terre, le cœur avec les hommes, la tête dans les étoiles.”

Manfred Amoureux, ancien élève ingénieur en chef de la promotion Wangari Muta Maathai

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Carine Marty parle de gestion de l’imprévu, adaptabilité, capacité à travailler autrement durant la crise sanitaire

Durant la crise sanitaire, Carine Marty, qui a contribué à l’action du département des Hautes-Pyrénées, intervient sur les questions de gestion de l’imprévu, adaptabilité, capacité à travailler autrement 

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Laurent Décamps sur les questions de gestion de l’imprévu, adaptabilité, capacité à travailler autrement durant la crise sanitaire

Ecoutez Laurent Décamps, élève ingénieur en chef de la promotion Rachel Carson.

Laurent Décamps

Durant la crise sanitaire, Laurent Décamps, qui est contribué à l’action du département du Gard, intervient sur les questions de gestion de l’imprévu, adaptabilité, capacité à travailler autrement 

https://www.acteurspublics.fr/webtv/emissions/2-pour-lapres/le-secteur-public-de-lapres-crise-sera-celui-de-lagilite-des-territoires-1

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Jonathan Naas, Directeur général des services techniques de la commune Les Belleville et membre du bureau de l’association IngéChef parle d’innovation publique et de droit à l’erreur

https://www.acteurspublics.fr/webtv/emissions/acteurs-publics-solutions/pour-innover-se-donner-le-droit-de-se-tromper

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